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Nuées

Paysages à la lumière pâle

‘Et même des nuées sur les murs’
C’est par cette pointe qu’Erasme ponctue son éloge d’Albrecht Dürer,
désignant par là son extraordinaire capacité a représenter
ce qui, échappant au cercle des yeux, devrait échapper au cercle de la main.
Cinq siècles plus tard, Roger Caillois proposera, dans une fiction,
que la gravure Mélancolie soit née de la contemplation d’une pierre.
Par là, il lie le maître des lignes noires
avec la tradition extrême-orientale des pierres à rêves
et, au-delà, avec celle de « l’encre rompue » de MuQi ou Sesshū Toyo.
Ces liens sont à vrai dire forts lâches, mais ils forment un motif entêtant,
qui accompagne cette pérégrination
sur le bord du cercle de la main et
lève la musique de l’image.
A excéder le cercle de la main, c’est le cercle de l’image qui résonne.
Cette frontière indécise prend la forme d’une lande que signe l’empreinte des nuages.
Pas plus, ces liens ne sauraient concerner précisément
ces paysages à la lumière pâle, bien qu’une commune fascination y fasse ombre.
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Exposition photographique
22 février / 8 mars
Vernissage le 22 février – 18h00/20h30
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Passages – Jeux d’encre

  • Il peint ce qui ne se peut représenter, voire comme le disent certains « des nuées sur les murs » et le tout sous la forme de lignes noires.

    Eloge d'Albrecht Dürer / Erasme
  • Le pinceau sert les formes.
    L’encre, les ombres et les lumières.

    Shen Zongqian
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Oh God that Music

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Le rêve des mots de Carson McCullers

Le concert fini, elle restait dans la cour sombre, les mains dans les poches et pensait longtemps. Le concert fini. Une mélodie la hantait ; as usual a song was in her mind. Longtemps elle restait dans la cour.
Toutes les fois qu’elle était dans le noir, elle pensait à la musique. Elle restait dans la cour sombre, les mains dans les poches.
… ne durait pas un instant, long ou court, mais hors du temps one of those horn kind of instrument played a sad and silver tune.
La symphonie restait en elle et grandissait peu à peu.
Pour cela que la symphonie toute entière était dans son esprit, toute entière dans son esprit, toute la symphonie. It had to be. Pour cela qu’elle en avait entendu chaque note, chacune note toute dans son esprit, tout dans le fond de son esprit toute la musique était là, juste là, juste comme elle avait été jouée mais elle ne pouvait rien faire pour bring it all out again.
Rien faire, qu’attendre et être prête pour les fois où une nouvelle partie…
… restait dans la cour sombre –
ses mains lui était un tourment. Elles étaient sans repos, s’agitaient pendant son sommeil et parfois, au réveil, formaient les mots de ses rêves.Le silence dans la pièce était aussi profond que la nuit elle-même.
Elle avait travaillé sa musique sur ce carnet tout l’hiver. Chaque fois qu’elle était dans le noir, la musique hantait ses pensées.
Le silence, la nuit-même. Chaque pièce de musique était difficile à écrire, ses mains un tourment, le silence l’hiver, le noir me convient, une nouvelle partie surgissait, saisie à la gorge. C’était une chanson merveilleuse, mais – hors du temps – très lente et douce ; un de ces instruments à vent jouait la nuit elle-même. Toute la musique était là juste comme elle avait été jouée pour cela que le silence de la pièce tout l’hiver sur ce carnet elle avait travaillé chaque chanson, si difficile à écrire, chacune note gravée, pour cela qu’elle restait dans la cour sombre, le noir me convient, très lente et douce, la mélodie triste et silver mais elle ne trouvait pas d’idées pour aller avec la musique, ne rien faire qu’attendre, être prête, rester, hors du temps. Peu à peu, longtemps, quelque part dans le fond de son esprit toute la musique reposait chaque fois que le noir grandissait la musique une mélodie d’un de ces instruments à vent au début elle avait pensé écrire un poème pour aller avec comme elle avait été jouée mais elle ne pouvait toutes les fois la mélodie la nuit un tourment sans repos formait les mots de ses rêves mais pas d’idée pour aller avec hors du temps le silence de la pièce comme la nuit elle-même.
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Passages – nuages

  • La lecture divinatoire comme forme première de la lecture. Les runes comme forme intermédiaire entre les cimes des arbres, les nuages, les viscères d’une part, les lettres alphabétiques d’autre part.

    Fragment - Collection Scholem / Walter Benjamin
  • Au cours des ans, mes peintures ont rempli beaucoup d’albums. Le papier est couvert de traces semblables à des mouvements de nuages.

    Inscription au rouleau 'Regarder vers le haut et vers le bas' / Gao Qipei
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Dans la paume du gué

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Passages – expérience

  • L’idée d’expérience comme traversée se sépare mal au niveau étymologique et sémantique de celle de risque. L’expérience est au départ, et fondamentalement sans doute, une mise en danger.

    Roger Munier
  •  
  • C’est seulement si j’énonce ce principe : ‘l’expérience intérieure elle-même est l’autorité’ que je sors de cette impuissance. L’intelligence avait détruit l’autorité nécessaire à l’expérience.

    L'expérience intérieure / G. Bataille
  • Il n’y a pas dans les langues occidentales, et c’est une difficulté majeure des traductions de mot équivalent à Ki. Ce terme recouvre en japonais les sensations et les impressions mystérieuses, vagues, intangibles qui touchent quelque chose au fond de notre être, qui relèvent d’une acuité probablement archaïque ou refoulée.

    Le Bûdo par delà les barrières culturelles / Tokitsu Kenji
  •  
affleure

Affleure

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Passage – ombres

  • William Henry Fox Talbot se demanda s’il valait mieux nommer son invention ‘photographie’, c’est à dire ‘peinture de lumière’, ou ‘skiagraphie’, c’est à dire ‘peinture d’ombres’.

    Anthropologie des images / Hans Belting
  • Ce sont là description d’aveugles, qui pressentent le monde de la lumière puisqu’ils en ressentent la chaleur. Mais ne pouvant le deviner tout autre, ils présument des formes sublimes d’obscurités.

    Polarités / Ernst Jünger
  • On ne retient le passé que comme image qui, à l’instant où elle se laisse reconnaître, jette une lueur qui jamais ne se reverra.

    Thèses sur la philosophie de l'histoire / Walter Benjamin
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D’un bord, l’autre

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Passages / théorie du nuage

     
  • A travers toute son histoire, la pensée occidentale a repoussée obstinément l’idée du vide. Dans la peinture, un tel refus se traduit par la ‘néantisation’ du support matériel et technique. Si le détour par la Chine manifeste l’articulation du vide et du support, il dévoile en même temps, le sens du travail par lequel la peinture d’Occident s’est systématiquement employée à en oblitérer l’instance.

    Théorie du nuage : pour une histoire de la peinture / H. Damisch
  • Avant d’accueillir l’encre, il faut prendre conscience du chaos.

    Choix de colophons et de poèmes de Shitao sur la peinture
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Miroirs d’ombres

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Passages / corps & âmes

  • Sachez donc, mon ami M Louis, que l’invention ou devise, si elle doit avoir quelque chose de bon, faut qu’elle ait cinq conditions. La première juste proportion d’âme et de corps. (…) La cinquième requiert le mot, qui est l’âme du corps & veut être communément d’une autre langue diverse au parler de celuy qui fait la devise, à fin que le sentiment en soit quelque peu plus couvert ; veut encore le mot être brief.

    Dialogue des devises d'armes et d'amours / du S. Paulo Jovio
  • Image et texte se distinguent donc comme âme et corps : chacun est la limite de l’autre, son horizon d’interprétation.

    Jean-Luc Nancy - L'oscillation distincte
  • Les devises ou les emblèmes ont trois éléments (qui nous font mieux comprendre ce qu’est l’allégorie) : les images ou figurations, les inscriptions ou sentences, les possesseurs personnels ou noms propres. Voir, lire, dédier (ou signer).

    Gilles Deleuze - Le pli

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